Discours du Ministre de la Défense Nationale, Monsieur Mario Andrésol

Monsieur le Premier Ministre,

Messieurs les anciens Présidents de la République,

Messieurs les anciens Premiers Ministres,

Excellence, Monseigneur le Nonce Apostolique, Doyen du Corp Diplomatique,

Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Membres du Corps Diplomatique,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les anciens Ministres,

Mesdames et Messieurs les Hauts Commis de l’État,

Monsieur le Président du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire,

Monsieur le Commandant en chef des FAD’H,

Messieurs les Membres du Haut Commandement des Forces Armées d’Haïti,

Monsieur le Commandant en chef de la Police Nationale d’Haïti,

Messieurs les membres du Haut Commandement de la Police Nationale,

Monsieur Le président de la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux administratif

Monsieur le Protecteur du Citoyen,

Monsieur le Recteur de l’Université d’État d’Haïti

Monsieur le doyen de la Faculté de Droit et des Sciences Économiques

Mesdames et Messieurs de la presse parlée, écrite, télévisée et en ligne

Mesdames et Messieurs en vos rangs, titres et qualités,

Distingués invités

Je voudrais avant tout remercier le Premier Ministre Alix Didier Fils Aimé pour son engagement fort en faveur d’une institution militaire rénovée. Monsieur le Premier Ministre, merci de nous honorer de votre présence ! Par mon organe, les Forces Armées d’Haïti vous remercient de prendre à cœur le dossier de sa reconstruction.

Nous sommes réunis aujourd’hui non pas seulement pour ouvrir un forum ou lancer une simple rencontre technique entre experts mais pour ouvrir solennellement les assises de la Défense et de la Sécurité Nationale en présence des forces vives du pays et des représentants de la communauté internationale.

Ce Forum s’inscrit sous le signe d’une question qui dit tout de son ambition : « Quelle armée pour Haïti ? » Ce n’est pas une simple formule sémantique mais c’est le choix assumé d’une interrogation posée directement à la Nation — sans détour, sans faux-semblant — avec la gravité et la lucidité qu’elle exige.

Une nation qui délibère sur son armée est une nation qui se prend en main. Une nation qui, au cœur de la tempête, ose rassembler ses forces vives pour définir ensemble l’instrument de sa propre défense, cette nation-là n’est pas une nation vaincue. Elle est une nation debout.

Nous allons nous réunir ici, pendant trois jours, pour accomplir un acte de souveraineté : exprimer, ensemble, ce que sera l’armée de la République pour les décennies à venir.

Il faut le dire franchement : la question de l’armée a trop longtemps été une question taboue, renvoyée aux crises, aux interventions extérieures, comme si nous étions incapables de penser par nous-mêmes ou de prendre en main notre destin.

La Constitution haïtienne de 1987 est claire : les Forces Armées d’Haïti existent de plein droit. Le débat ne porte plus sur leur existence, mais plutôt sur leur doctrine, leur mission, leur subordination à l’autorité civile, leur ancrage républicain.

Officiers, sous-officiers, soldats,

Le pouvoir des armes exige une exemplarité morale absolue. L’uniforme vous impose un devoir supérieur de probité, de respect des droits humains et de justice. Sans discipline, la force n’est que chaos ; avec elle, elle devient le rempart de la République. L’arme vous a été remise par la Nation pour sa défense jurez de ne jamais la retourner contre elle.

Lame pa nan politik, Lame pa fè politik ! Lame pa la pou l mete ou byen retire prezidan sou pouvwa. Lame pa gen kan. Lame la pou defans peyi a, pou ede nan sekirite, sèlman lè otorite sivil yo mande sa.

Peyi a bezwen lame menm jan li bezwen yon fòs polis. Yo chak gen misyon yo. Tou 2 enpòtan. Si nou itilize yo kòm sa dwa, nap sispann mande peyi zanmi vinn ede nou, mete lòd nan dezòd lakay nou.  

Se pou sa nap mande tout lidè ki gen ambisyon politik, lè yo rive sou pouvwa pou yo pa melanje polisye ak milité nan tout vye sòs. Pa chèche mete yo anba zèsèl nou pou defann kòz nou, pa manipile yo pou sèvi entérè pèsonèl nou.

Membres du Haut Commandement de l’armée, 

Membres de toute la ligne hiérarchique,

Désherbez le champ pour séparer le bon grain de l’ivraie. Cela doit être un travail de tous les instants. C’est pourquoi, les moindres cas d’indiscipline doivent être traités avec rigueur et célérité. Car “chimen bouton se chimen maling”.  

 Pou militè ki gen entansayon itilize zam ak inifòm lame pou yo fè lajan, pou yo fè abi, pou yo vyole dwa moun nap di yo remèt zam nan, remèt inifòm nan, paske plas yo pa nan lame sa a

Pou militè ki gen lanbisyon politik e ki panse yo ka sèvi ak lame a pou rive sou pouvwa, la pa la w, remèt zam nan, remèt inifòm nan, al fè politik deyò, men pa nan lame sa a.

Et surtout, n’induisez pas vos frères d’armes dans des folies qui ne visent véritablement que les espèces sonnantes et trébuchantes. D’autres avant vous avaient sali l’institution de cette manière. C’est pourquoi nous sommes en train de recommencer dans des conditions difficiles après une longue traversée du désert  

L’histoire de nos forces armées a été marquée par des soubresauts qui ont fragilisé la confiance entre la nation et l’institution. Il y a eu certes des ruptures et des dérives, nous le reconnaissons. Ces pages, nous ne les effaçons pas. Nous les assumons. Nous les regardons en face.

Refonder ne signifie pas renier. Cela signifie regarder le passé avec lucidité pour mieux affranchir l’avenir — tirer les leçons des erreurs et bâtir, sur des bases nouvelles, une armée au service de la République ; une armée qui protège le territoire et la population, respecte les droits humains et le droit international humanitaire, et qui est l’instrument de la Nation, non son maître.

Il ne suffit pas de proclamer une vision. Il faut l’incarner, la sceller, la rendre irréversible.

C’est ainsi que, sous vos yeux, il y a quelques instants un événement majeur vient de se produire. Le Ministère de la Défense, les Forces Armées d’Haïti, l’Université d’État d’Haïti et la Faculté de Droit et des Sciences Économiques ont signé un accord-cadre de partenariat stratégique — un acte qui donne, dès à présent, un sens concret et durable à ce Forum.

Comme disait l’autre, science sans conscience n’est que ruine de l’âme. À côté de la connaissance et des habiletés militaires, le vrai défi est de trouver la place obligatoire de l’axiologie, l’éthique, la déontologie et même une certaine réflexivité en tout et surtout dans nos cantonnements pour une anthropologie et une sociologie militaire qui déconstruisent les polarités intra-institutionnelles pour promouvoir l’esprit de corps et le sentiment d’appartenance afin de stimuler la motivation collective.

Par cet accord, notre institution s’imprègnera de la rigueur académique et scientifique indispensable à la prise de décision stratégique au XXIᵉ siècle. La jeunesse haïtienne, qui s’engagera dans les rangs de l’armée, verra son avenir académique et professionnel garanti, faisant de la carrière militaire une voie d’excellence.

À nos jeunes officiers et sous-officiers je dis : la patrie vous confie ses armes, mais l’Université va vous doter de l’outil le plus puissant qui soit : la connaissance. Soyez-en dignes. Soyez les piliers d’une institution rénovée, moderne et respectée.

La force sans le savoir s’égare ; le savoir sans la force reste impuissant. En les unissant sous l’autorité de l’État, nous bâtissons une défense à la fois opérationnelle, professionnelle et intellectuellement fondée — et nous créons un rempart contre l’isolement institutionnel et la coupure entre l’armée et la Nation.

Nous appelons tous les acteurs présents, et au-delà, à s’emparer de cette refondation : les militaires, qui doivent incarner ce nouveau pacte avec la République ; les universitaires et chercheurs, qui en apporteront la rigueur analytique ; les juristes, garants des droits humains et de la conformité légale ; la société civile, les femmes, les jeunes — premiers bénéficiaires de la sécurité et premiers garants de sa légitimité.

En ma qualité de Ministre de la Défense, je m’engage, avec l’appui du Gouvernement, à intégrer les conclusions de ces assises aussi bien dans la nouvelle Doctrine des Force Armées d’Haïti que dans le Livre Blanc de la Défense Nationale. Ce document guidera le Plan Stratégique de la Défense. Il sera soumis au Conseil des Ministres ou au Parlement le cas échéant. Il sera public. Il engagera l’État haïtien en toute transparence.

Certains regarderont peut-être ce Forum avec scepticisme. Je les comprends : notre peuple a été trop souvent bafoué, déçu par des plans restés dans les tiroirs, des engagements non tenus, des institutions qui ont trahi sa confiance. Mais je leur réponds que cette fois, ce n’est pas un plan rédigé par des consultants dans un bureau lointain. C’est un processus conduit par des Haïtiens, avec des Haïtiens et pour des Haïtiens. L’Université d’État d’Haïti est aux côtés du Ministère de la Défense. Les Forces Armées d’Haïti sont à la table, les yeux ouverts sur l’histoire. La société civile a voix au chapitre.

Cela ne garantit, certes pas, le succès, mais cela crée les conditions qui le favorisent à savoir : la légitimité, l’appropriation, le sentiment d’appartenance sans lequel aucune réforme durable n’est possible.

Vive les Forces Armées d’Haïti !

Vive la République !

Vive Haïti !